• Premiers Chapitres du tome I

    Le premier tome est disponible ici et je vous propose d'en découvrir les deux premiers chapitres sur le blog: 

                                                                                                                                                           

    1

     

    La journée était déjà bien entamée lorsque Tina Perl se réveilla. Elle se rua dans la salle de bain et entrevit l’heure sur son réveil. Elle se regarda dans le miroir et songea à sa mère dont elle avait hérité la rousseur, selon son père. Elle se dépêcha de se doucher car elle avait un rendez-vous. Mais pas un rendez-vous comme elle l’aurait souhaité. Elle enfila une robe – ce qui était pour elle une vraie exception – et alla à la cuisine se préparer un petit déjeuner comme elle le faisait toujours : des œufs, du pain et un verre de jus. Il était presque dix heures.

    À dix heures tapantes, on sonna. Sûrement Ray Lirm. Elle se précipita vers la porte mais ne l’ouvrit pas, réfléchissant à la façon dont elle allait l’accueillir. Près de deux minutes s’écoulèrent avant qu’elle ne se décide enfin à ouvrir la porte.

    —       Salut ! Tu es juste à l’heure ! lança-t-elle finalement.

    Mais en baissant les yeux elle vit Charlotte à côté de Ray.

    —       Salut ! dit celui-ci. J’ai voulu te prévenir que je viendrais avec elle mais tu ne répondais pas.

    —       Ne t’inquiète pas pour ça ! Plus on est de fous, plus on rit, non ?

    Elle s’écarta pour les laisser entrer, jeta un coup d’œil à la rue et referma après elle.

    —       Anna n’est pas encore là, mais je crois qu’elle ne va pas tarder à arriver.

    —       Elle peut prendre son temps, moi ça ne me dérange pas ! dit Ray en souriant.

    Les joues de Tina rougirent à cette déclaration mais elle s’efforça de le lui cacher en baissant la tête. Elle leur servit un verre de jus d’orange et alla dans son laboratoire. Elle revint avec un carton sur les bras qu’elle posa sur la table.

    —       C’est tout ce que j’ai récolté sur les requins ! Je vais chercher le reste. Tu peux m’aider ? lui demanda-t-elle en baissant les yeux.

    —       Bien sûr ! Charlie, je reviens.

    Ils se rendirent dans le laboratoire. Il lui frôla les cheveux en soulevant un des autres cartons et elle en frémit. Il dut le sentir puisqu’il déposa le carton, se retourna, et revint vers elle. Elle avait baissé la tête. Il la lui releva et la regarda dans les yeux. Elle se sentit transpercée par son regard d’un bleu profond qu’elle aimait tant. Il avait approché son visage du sien quand on sonna de nouveau à la porte. Tina s’écarta de lui et s’élança vers la porte en criant qu’elle arrivait.

    —       Tu es arrivée au mauvais moment, annonça-t-elle à la nouvelle venue.

    —       Comment ?

    —       Il allait… Salut Kev ! Je ne t’avais pas vu… ajouta-t-elle en rougissant.

    —       Plus rouge que toi on ne peut pas ! plaisanta le dernier en riant.

    Elle s’écarta pour les laisser entrer. Anna Fury précéda son petit frère Kevin dans la maison. Ray avait fini d’amener les cartons dans le salon.

    —       Salut Anna ! lança-t-il.

    —       Salut Ray ! Désolée… Mes parents ne sont pas là aujourd’hui donc je dois m’occuper de Kev !

    —       T’inquiète ! Plus on est de fous, plus on rit ! s’exclamèrent ensemble Ray et Tina.

    —       De toute façon, il y a cinq cartons normalement, les petits se montreront utiles, n’est-ce pas ?

    Kevin acquiesça tout de suite. Charlotte, elle, comme à son habitude, fit la moue avant de se résigner.

    Ils ouvrirent les cartons et se virent attribuer un animal. Tina donna à Ray le requin, à Anna l’aigle, à Charlotte le chien, et à Kevin le koala. Il ne lui restait plus que le tigre, dont elle dut s’accommoder. Elle remarqua que bizarrement, les initiales s’accordaient. Elle donna donc le feu vert pour lever le camp et se rendre à la bibliothèque afin de continuer leurs recherches. Ils se levaient, quand un bruit se fit entendre.

    —       Qu’est-ce que c’était ? demanda Charlotte.

    —       Sûrement un oiseau dans le garage, dit Tina.

    Le bruit se refit entendre plus fort.

    —       Toujours aussi sûre ?

    —       Euh…

    —       Je vais voir, annonça Ray.

    —       Mais non, laisse tomber et allons-y, sinon on risque d’être en retard ! dit Tina.

    —       D’accord.

    Le bruit se fit entendre pour la troisième fois, et cette fois-ci ils se rendirent tous dans le garage pour voir ce qui s’y passait. Là, ils virent un hibou qui cognait désespérément dans un morceau de bois appuyé contre le mur.

    —       Mais qu’est-ce qui lui prend ? demanda Charlotte.

    —       Je n’en sais rien ! On ne nous a pas dit d’étudier les hiboux ! répondit Ray du tac au tac.

    Le hibou leur fit face. Tina recula d’un pas, suivie par les autres. Elle avait l’impression que ses yeux ne pouvaient se détacher du hibou, perché sur une étagère. Il vola dans leur direction et se posa sur le sol. Quelque chose de surprenant se produisit alors : le hibou se changea en homme.

     

     

    Charlotte hurla et s’évanouit. Le carton qu’elle portait resta suspendu dans les airs. Les autres le regardèrent, horrifiés et ébahis. Ils se précipitèrent vers Charlotte, l’aidèrent à reprendre connaissance et à se relever. Tina la conduisit dans la cuisine.

    —       Qu’est-ce qui s’est passé ? demanda Charlotte d’une petite voix.

    —       Pour l’instant, repose-toi ! Assieds-toi, et bois ce verre d’eau fraîche !

    —       Merci mais je pense que ça va aller ! Dis-moi seulement que j’ai rêvé éveillée !

    —       Attends deux secondes, je reviens !

    Ignorant les appels de Charlotte, Tina retourna près des autres d’un pas rapide.

    —       À nous deux maintenant ! dit-elle, arrivée devant l’Homme-hibou. Qui êtes-vous ? Que faites-vous chez moi et… comment avez-vous fait ça ?!

    Le regard de l’Homme-hibou navigua de Ray à Anna, puis d’Anna à Kevin avant de retomber lourdement sur Tina, qu’il dévisagea en écarquillant les yeux comme de surprise.

    —       Je suis Azhar et j’ai besoin de vous…

    Sur ce, Azhar l’Homme-hibou s’écroula. Les autres le regardèrent couché à terre avant de réagir. Ils se mirent près de lui et l’éventèrent en l’appelant par son nom.

    —       Merde ! s’exclama Anna. Et s’il ne se réveille pas ! On ne peut l’abandonner nulle part dans cet état, ni l’emmener avec nous et encore moins partir et le laisser ici !

    —       Tu as raison, renchérit Ray. Il faut à tout prix qu’il se réveille si on veut avoir une chance de parvenir à la bibliothèque à temps !

    —       Tirons-le jusqu’au salon ! proposa Kevin. Puis on verra ce qui se passe…

    —       D’accord, répondit Tina sans joie.

    Ils l’emmenèrent donc dans le salon, suivis de Charlotte qui avait regardé la scène de loin. Ils l’allongèrent sur le canapé et continuèrent à l’éventer.

    —       Si mon père voyait ça ! s’exclama Tina. Comment je vais lui expliquer la présence de cet… Azhar ?

    —       Tu n’auras peut-être rien à lui dire, dit Ray sans la regarder.

    La sonnerie du téléphone les fit sursauter. Tina se précipita sur le combiné et décrocha. Quand elle raccrocha elle souriait.

    —       C’était mon père. Il ne veut pas que je m’inquiète pour lui parce que ce soir il ne rentre pas !

    —       Super ! On va pouvoir s’occuper de cet étrange bonhomme alors ? demanda Kevin avec enthousiasme.

    —       Non mais tu es fou ? lui demanda sa sœur.

    —       Mais vous comptez faire quoi sinon ? Appeler la police et lui dire qu’un hibou s’est métamorphosé en homme d’une vingtaine d’années. On vous rira au nez, alors il faut qu’on s’en occupe nous-mêmes !

    Ils le regardèrent. Il n’avait pas tort après tout, en tout cas pas en ce qui concernait la police. L’Homme-hibou commençait à reprendre conscience et regarda autour de lui avec un air perdu.

    —       Enfin ! Il n’est pas trop tôt ! dit Ray. Qui êtes-vous exactement et que faites-vous ici ?

    —       Je suis Azhar. Je… j’ai besoin d’aide et j’ai pensé que…

    —       Que vous pouviez vous pointer chez n’importe qui n’importe quand ! s’énerva Ray qui se calma en voyant Tina rougir brusquement.

    —       Je suis désolé, j’avais seulement pensé que vous auriez pu m’aider. Encore pardon pour le dérangement. Je m’en vais chercher de l’aide ailleurs…

    —       Est-ce si urgent ? le coupa Anna.

    —       Pour moi oui, mais je ne crois pas que de simples enfants comme vous comprennent.

    —       De simples enfants ! De simples enfants ! On a tout de même dix-sept ans et… ! commença Ray.

    —       Calme-toi ! dit Tina. Allez-y Azhar ! Qu’est-ce qu’on peut faire pour vous aider ?

    —       Voilà… Je viens d’Ouhr, lointaine et ancienne planète du système, si vieille que vous n’avez, je suppose, jamais entendu parler d’elle. C’est la seule planète qui a conservé le Luth et continué la magie sous toutes ses formes…

    —       Mais c’est quoi le Luth ? coupa Charlotte, intéressée par l’histoire.

    —       C’est… le pouvoir qui permet de se transformer en un animal. Seulement, tout le monde ne peut pas le pratiquer. Et c’est là que les choses se corsent. Notre reine Ourika a pris le pouvoir à la mort de son mari, le roi Thôd, et a décidé de ne pas passer le pouvoir à son fils aîné mais à son cadet, Tresus, qu’elle considère comme son vrai fils. Elle a alors chassé son aîné en séquestrant son épouse je-ne-sais-où et joue de son pouvoir en mal. Moi, je suis convaincu qu’il y a du Norgia dessous… Norgia c’est la sorcière d’Ouhr. Elle détient le pouvoir de faire les gens lui obéir et je pense qu’elle en use pour gouverner Ouhr par la personne de la reine Ourika. Vous devez vraiment m’aider à renverser la reine. Enfin… la libérer du pouvoir de Norgia.

    —       Tu es qui toi dans tout ça ? Un citoyen ?

    —       Non…

    —       Un prisonnier évadé qui cherche vengeance ?

    —       Non…

    —       Un esclave en fuite ?

    —       Non…

    —       Mais quoi alors ?

    —       Je suis Azhar…

    —       Oui, ça on le sait ! fit Anna, agacée.

    —       Oui, mais ce que vous ne savez pas, c’est que je suis le Prince Azhar, fils d’Ourika et de Thôd, frère de Tresus et époux de Dirya…

    Sa voix s’était cassée et il avait tressailli, et naturellement, les larmes avaient coulé tranquillement sur ses joues avant de se déverser en torrent, rendant ses yeux rouges de douleur et de honte de pleurer devant des adolescents.

    —       Pourquoi vous n’avez pas commencé par ça ! C’est tout de même incroyable que le jour où on doit finir notre exposé, un prince exilé arrive sur Terre pour nous demander de l’aide alors que nous aussi nous en avons besoin ! dit Anna.

    —       On pourrait faire un échange de services, dit Azhar en reprenant son calme.

    —       C’est-à-dire ? demanda Ray soudainement intéressé.

    —       J’étais… Je suis le détenteur du pouvoir des animaux. Je les connais tous et pourrais vous aider dans votre exposé, si vous voulez bien m’aider à reprendre ma place sur le trône et à retrouver Dirya.

    —       Comment ferons-nous pour vous aider si votre planète est éloignée de la nôtre ? s’enquit Kevin.

    —       Il vous faudra venir avec moi sur Ouhr. Vous y resterez deux mois et retournerez chez vous même si nous ne réussissons pas…

    —       Sur Ouhr ! Mais ce n’est pas encore décidé ! Attendez un instant !

    Ils se concertèrent dans la chambre de Tina d’où ils pouvaient voir Azhar.

    —       Bon, mais deux mois ça fait quand même long ! Je ne suis pas contre l’objectif mais la durée me stoppe… annonça Anna.

    —       Même chose pour moi, dit Ray.

    —       Mais nos parents… ! commença Tina.

    —       Quoi tes parents ?! Tu n’as qu’un père absent un jour sur deux ! Il ne sera pas toujours là tu sais ! coupa Charlotte.

    La remarque sur la fréquence des présences de son père eut un impact très dur sur Tina qui se renferma sur elle-même, réfléchissant à sa décision. Les autres la regardaient en attendant.

    —       Si vous êtes tous d’accord alors je viens avec vous. Et l’exposé ? demanda Tina sans les regarder.

    —       C’est vrai qu’il n’aurait plus de sens puisqu’il est pour dans trois jours ! fit remarquer Anna.

    —       Deux mois pour sauver une planète, ça ne fait pas beaucoup ! On va devoir renoncer alors…

    —       Non…

    C’était Azhar qui, se tenant dans l’encadrement de la porte, s’était manifesté.

    —       J’ai oublié de vous dire que deux mois Ouhriens sont en fait deux jours Terriens ! J’avais déjà tout calculé…

    —       Quoi ! Comment ça « tout calculé » ?! Vous saviez pour l’exposé et tout le reste ? demanda Ray.

    —       Oui. Je suis sur Terre depuis deux jours et je vous ai un peu espionnés, fit Azhar en baissant la tête, embarrassé, regardant ses pieds chaussés d’étroites sandales.

    —       Il ne manquait plus que ça ! Qu’est-ce que vous savez d’autre ?

    —       C’est tout, je vous le jure… ! dit-il en croisant le regard d’Anna.

    Les cinq adolescents se regardèrent et, d’un commun accord, ils dirent qu’ils étaient prêts à l’aider.

     

     

    ðððð

     

     

    —       Bien, dit une voix féminine. Ils devraient être bientôt là. Tu as fait du bon travail. Va prévenir les autres de se tenir prêts à fouiller chaque recoin de cette planète. Je la veux ici, et vite !

     

    —      Oui, ma reine, répondit une voix masculine très grave.

     

     

    2

     

    Ils formèrent un cercle autour duquel Azhar versa une poudre qu’il avait sortie d’un petit sac que les adolescents n’avaient pas remarqué. Il leur dit de garder les yeux fermés et que le voyage ne durerait pas longtemps. En effet, à peine cinq minutes s’étaient-elles écoulées que le sol était redevenu dur sous leurs pieds. Ils ouvrirent les yeux quand Azhar leur en donna la permission et découvrirent qu’ils étaient debout dans une petite maison qui semblait être entourée d’une forêt.

    —       Ça ne m’étonne pas que vous soyez venu en hibou ! s’exclama Kevin en regardant autour de lui.

    Azhar lui lança un coup d’œil et commença à épousseter ses meubles.

    —       Deux mois que je suis parti et voilà ce qui arrive !

    —       Ce n’est pas pire que chez moi quand Anna s’en va pour deux jours ! dit Kevin.

    —       Preuve que je vous suis indispensable, fit Anna en appuyant sur le dernier mot.

    —       De toute façon tu pars bientôt, je serai bien obligé de m’y mettre un jour, ajouta-t-il en faisant une moue.

    Azhar le fit taire d’un regard, lui expliquant qu’étant normalement en exil, il ne devait pas se faire remarquer, et encore moins en compagnie de Terriens. Ils allaient devoir jouer un peu sur leur apparence pour détourner d’eux les regards des gardes ambulants. L’Homme-hibou avait en sa possession une grande boite contenant des habits d’Ouhriens. Aucun d’eux ne voulut savoir d’où ils provenaient. Azhar posa la grande boîte sur la table, au centre de la pièce, et leur dit de choisir ce qu’ils voulaient. Il les avertit aussi qu’ils ne reviendraient sûrement là que dans une dizaine de jours, pour qu’on ne repère pas sa cachette. Ils allaient donc devoir mettre des vêtements dans un sac pour pouvoir se changer.

    —       Mais où dormirons-nous ? demanda Anna, perplexe.

    —       Ouhr, mademoiselle, est réputée pour ses nombreux recoins où l’on pourra dormir, lui annonça l’exilé.

    —       Mais où est-ce qu’on se lavera ? continua-t-elle.

    —       Dans les bains publics, dit-il, souriant en voyant l’expression du visage de Tina.

    —       Et on mangera où ? demanda Charlotte, ouvrant la bouche pour la première fois. Vous n’avez sûrement pas projeté de nous faire faire la manche !

    —       Non, on achètera de quoi manger, répondit-il sur un ton qui montrait son agacement à toutes ces questions pourtant essentielles. Je me charge de tout !

    —       Il a raison, fit Ray. Occupons-nous plutôt de ce qui nous a amené ici ! Avez-vous déjà conçu un plan d’action quelconque ?

    —       Non, mais reposez-vous d’abord, nous en avons le temps, dit-il en surprenant un bâillement de Charlotte, quoique discret.

    —       Avez-vous donc sommeil ? demanda Ray poliment.

    —       Non, mais cette demoiselle, oui, dit-il en pointant Charlotte du doigt.

    —       Cette demoiselle s’appelle Charlotte, fit l’intéressée à brûle-pourpoint.

    —       Justement, avant de se reposer, j’ai oublié de vous demander comment vous vous appelez, dit-il en baissant les yeux, son visage s’empourprant. C’est vraiment honteux de demander de l’aide à quelqu’un dont on ne sait même pas le nom.

    Il se tourna vers Anna qui commença les présentations.

    —       Moi, c’est Anna. Et voici mon frère Kevin… ! ajouta-t-elle en montrant son frère du doigt.

    —       Mais vous pouvez m’appeler « Kev » !

    —       Moi, c’est Charlotte, mais on m’appelle plutôt « Charlie » ! Lui c’est…

    —       … Ray ! compléta ce dernier en faisant une courbette. Charlie est ma sœur.

    —       Tina, dit Tina en baissant les yeux, sentant le regard de Ray posé sur elle.

    —       De très jolis noms, mais qui ne sont pas très ouhriens ! Tina et Kev, ça passe. Mais il faudra donner aux autres des faux noms, plus… ouhriens. Bien sûr, quand nous serons seuls, je vous appellerai par vos vrais noms.

    Ils échangèrent des regards discrets tandis que l’exilé semblait réfléchir aux noms qu’il leur attribuerait.

    —       Je vois bien… Rita pour Charlotte, Eyra pour Anna et… Nytz pour Ray, finit-il.

    —       De très bons choix ! Mon nouveau prénom me convient, dit Charlotte en souriant.

    —       Le mien aussi, dirent Anna et Ray.

    —       Au fait… où dort-on ce soir ? demanda Charlotte en remarquant que la nuit était tombée.

    —       Ici, pour cette nuit. Il ne vous faut révéler à personne le lieu où nous sommes en cet instant. La reine a mis des gardes à ma recherche et cela pourrait nous causer de très graves ennuis.

    —       D’accord, fit Tina, compréhensive. Allons donc dormir !

     

    ****

     

    Le lendemain, tout le monde était réveillé en même temps. Le soleil commençait très légèrement à filtrer par les minces fentes dans les murs. Charlotte fit quelques pas à tâtons avant de tirer le rideau, faisant pénétrer plus de lumière dans la pièce, et de se rendre ainsi compte qu’elle n’avait pas vraiment dormi « seule ». Kevin était encore allongé sur le sol, comme elle-même quelques minutes plus tôt. Le noir foncé de ses yeux et de ses cheveux faisait ressortir le bronzage de sa peau qui semblait luire sous l’éclairage doux de la pièce. Elle sentit soudainement une odeur distincte puis entendit des bruits quoique presque imperceptibles. Elle comprit alors que quelque chose, ou quelqu’un, s’approchait de la maison, silencieusement mais sûrement, à en juger par l’odeur qui se faisait de plus en plus présente. Elle se leva, regarda par la fenêtre et aperçut une dizaine d’hommes qui marchaient vers eux. Charlotte se baissa et se dirigea à quatre pattes vers Azhar qui était dans une salle contiguë. En un clin d’œil, toute la maisonnée réfléchissait à un moyen de sortir sans se faire remarquer. Charlotte sentit son estomac se nouer, un sentiment étrange l’envahit.

    —       Tenez-vous par la main ! leur dit-elle avec un air bizarre.

    —       Tu es folle… ! commença Ray en regardant par la fenêtre.

    —       Faites donc ce qu’elle vous dit ! coupa Azhar.

    Ils se tinrent donc par la main et Charlotte ferma les yeux. Quelques minutes plus tard, quand elle ouvrit ses yeux, tout lui semblait normal. Les hommes étaient parvenus jusqu’à la maison et la visitaient de fond en comble. Ils repartirent l’air bredouille. Tina, étonnée, allait crier quand un des hommes lui passa à travers : elle avait eu une sensation désagréable. Mais Ray eut le temps de lui bâillonner la bouche d’une main ferme. Elle ne pouvait soutenir son regard et, honteuse, lui écarta la main. Dès que les hommes se furent éloignés de leur champ de vision, Anna ne put s’empêcher de s’exclamer :

    —       Super ! Ils sont déjà à nos trousses alors qu’on vient à peine de sortir du sommeil !

    —       Moi ce qui m’étonne, c’est ce que Charlie a fait ! dit Tina.

    Ils s’étaient tous tournés vers Charlotte, mais ce fut Azhar qui prit la parole.

    —       Je vais tout vous expliquer. Hier soir, j’ai profité de votre sommeil pour vous injecter une partie des gènes des animaux que vous avez à étudier dans le cadre de votre exposé. Vous possédez donc tous un peu du Luth maintenant. Mais ce n’est pas tout, je vous ai aussi dotés de quelques particularités qui vous seront familières dans quelques temps.

    Tous étaient choqués par l’audace du jeune homme. Ray allait répliquer mais ce fut Anna qui intervint la première :

    —       Autant que nous les sachions tout de suite pour ne pas avoir de surprise à l’avenir.

    —       Si vous le dites, dit Azhar en cherchant une réponse dans les yeux de son auditoire. Charlie, comme elle a su si bien l’utiliser, a le don de devenir invisible, et de faire devenir invisibles certaines choses en même temps qu’elle. Anna, vous verrez à travers les objets, même les plus épais. Kevin, sera capable de sonder les pensées, même celles d’une fourmi. Ray a la capacité d’aller très vite, voire à la vitesse de la lumière. Et enfin vous, Tina, serez chargée d’assurer la protection des autres à l’aide du collier d’azur.

    Tout en disant ces derniers mots, il avait sorti d’une de ses poches un collier de couleur bleue qu’il qualifia d’azur. Il le passa autour du cou de Tina et lui dit qu’à part elle, seule une force très grande et malveillante pourrait le lui enlever.

    —       Y a-t-il autre chose que nous devrions savoir ? s’enquit Ray.

    —       Euh… Oui. Vous ne devrez jamais faire des combinaisons de plus de deux pouvoirs différents, seuls les Ouhriens peuvent s’y adapter sans risque.

    —       Quels risques pour nous Terriens ? demanda Tina timidement.

    Mais l’Homme-hibou ne répondit pas, son regard parla pour lui. Charlotte avait relâché l’écran qui les rendait invisibles et dit :

    —       Il faudrait peut-être qu’on les rattrape pour obtenir quelques infos sur la situation actuelle ici.

    —       Vous… commença Azhar.

    —       Si nous devons nous côtoyer durant deux mois, il vaudrait peut-être mieux que l’on se tutoie, non ? dit Charlotte.

    —       Vous… Tu as raison, et c’est pourquoi j’allais d’ailleurs vous proposer de réunir la vitesse de Ray et l’invisibilité de Charlie enfin… Rita. Mettez-vous comme tout à l’heure et tenez-vous la main !

    Ils exécutèrent son ordre et se sentirent devenir invisibles. Anna toucha son corps. Elle pouvait le toucher, ainsi que ses amis, mais pas ceux qui étaient en dehors de l’écran d’invisibilité. Puis Ray sembla se concentrer et quelques minutes plus tard ils traversèrent la pièce à une vitesse inouïe, passèrent à travers la porte et rattrapèrent les hommes qui marchaient à vive allure. L’un d’entre eux avait une balafre sur la joue et parlait d’une voix distincte à un de ses collègues qui avait une jambe de bois.

    —       Dix heures que nous faisons le tour de cette forêt et Norgia qui ne veut pas nous lâcher avec cet exilé qui, j’en suis sûr, est bien loin d’ici, dit le Balafré.

    À cet instant, une grimace déforma le visage du Balafré qui semblait ressentir une douleur aiguë dans sa blessure. Ray se dit en souriant que Norgia avait dû entendre ses paroles et avait corrigé celui-ci. Ils ralentirent le pas et Ray fit de même, freinant ainsi les autres. Kevin, sentant le regard des autres sur lui, réalisa que c’était à lui de sonder les pensées du Balafré. Il s’empressa de le faire, stocka les données sondées dans son esprit et leur fit signe qu’ils pouvaient s’en aller. Ray mit le turbo et ils retournèrent à la maison.

    —       Alors ? demanda Anna.

    —       Eh bien, il y a que ces jours-ci la reine est un peu perturbée. Mais, à ce qu’il paraît, ce n’est pas essentiellement à cause de l’exil de son plus grand fils. Il est question d’une légende qui se transformerait bientôt en prophétie si le Caméléon venait à en parler en public. Mais je ne sais pas de quelle légende il est question, fit Kevin en se tournant vers Azhar.

    —       Il n’y a qu’une seule légende sur Ouhr, dit-il avec assurance. Elle raconte qu’une femme a accouché de deux jumelles, à midi tapant. Ce fut le signe d’un malheur pour la reine qui était destinée à tyranniser le peuple, mais la promesse de la liberté pour ce même peuple. La reine voulut alors faire tuer l’une des deux fillettes en public pour anéantir, par ce crime, tout espoir de liberté. Mais la fillette ne mourut pas, bénéficiant de la protection de son parrain, un grand magicien, qui fut alors emprisonné dans le corps d’un caméléon. L’enfant fut exilée en secret avec un de ses parents sur une autre planète tandis que sa jumelle fut mise au service de la reine dès qu’elle eut appris à bien parler. L’Autre ayant échappée au sort que lui réservait la reine, la prophétie promet qu’elle reviendra libérer sa sœur et tout le peuple du pouvoir de la reine.

    « Seul le Caméléon sait ce qui se passera. C’est une légende interdite. Personne ne doit en parler sous peine d’une arrestation. L’enfant en question, personne ne l’a jamais vue. C’est ce que tout le monde affirme. De toute façon, si Norgia se tracasse pour cette légende, cela nous laisse un peu de champ libre pour notre affaire… Préparons donc un plan d’action !

    —       D’accord, je propose de d’abord libérer votre épouse puis on s’occupera de votre mère, dit Tina.

    —       Il faudrait qu’on aille voir le Caméléon pour avoir quelques renseignements, dit Azhar.

    —       Peut-on faire confiance à ce Caméléon ? demanda Charlotte.

    —       Oui, il est complètement sûr. Prisonnier dans le corps de son animal de Luth à cause de Norgia, il déteste la reine et ne cherchera pas à nous mettre des bâtons dans les roues. Au contraire, si on peut lui rendre son enveloppe corporelle normale, il nous aidera sans poser de questions.

    —       Et où peut-on le trouver, ce Caméléon ? s’enquit Ray.

    —       Eh bien, c’est là que ça commence à bloquer. Il est très mobile et il nous faudra courir après lui.

    —       La chasse au Caméléon est ouverte ! s’exclama Kevin.

     

     

    ðððð 

     

     

    —       Qu’est-ce que tu as fait ? Inutile ! Ils étaient si près de toi que j’ai senti leur présence ! Emmène-moi cette fille ou c’est de ta vie que tu le paieras ! Fais ce que tu veux des autres, sauf le prince, il peut m’être utile pour plus tard !

     

    —      Oui, ma reine, dit une voix masculine.


     

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